Septembre 2009
Sommes-nous prêts pour les médias citoyens ?
par Samuel Blouin
Avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information, tel Internet, les citoyens ont évolué du statut de simples récepteurs à celui de véritables producteurs d’information. Désormais, rien ne semble plus pouvoir les arrêter. Leur portée s’étend à toutes les sphères de la vie publique, et parfois même privée. Cette influence déborde même les gouvernements les plus autoritaires de la planète ; il suffit de songer à l’Iran et à la Chine. Il semblerait que la liberté d’expression approche de son paroxysme d’après ce que l’on constate sur le web. Les citoyens ont véritablement pris le contrôle de leur information mais…
Selon moi, la question fondamentale à se poser est la suivante : les citoyens disposent-ils du bagage nécessaire pour se rendre maître de l’information ? Si on se fie à une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) publiée lors de la Journée internationale de l’alphabétisation, 48 % des Canadiens ne présenteraient qu’un faible niveau de littératie. Le CCA définit la littératie comme suit : « la littératie en compréhension de textes suivis renvoie aux connaissances et aux compétences nécessaires pour comprendre et utiliser l'information contenue dans des textes suivis, tels des reportages, des éditoriaux, des poèmes et des ouvrages de fiction. » Cela signifie que 48 % de la population n’arrivent pas à comprendre de textes suivis ! Cet article leur serait donc inaccessible. Je vous invite à consulter une carte interactive préparée par le CCA à l’adresse suivante : http://www.ccl-cca.ca/cclflash/proseliteracy/map_canada_f.html.
Ce faible taux de littératie pose donc le problème de la qualité. Les gens sont-ils vraiment en mesure de produire un contenu médiatique un tant soit peu de valeur ? On peut en douter. Cependant, 52 % (mais probablement moins, puisqu’il ne s’agit pas que de comprendre, mais bien de transmettre de l’information) demeurent pour agir en tant que journalistes citoyens. Sans avoir de diplôme universitaire, les gens peuvent très bien diffuser des faits ou des opinions venant alimenter le débat public. Il est certain qu’une grande partie de cette production ne sera que bêtise. Toutefois, le partage des opinions ne peut être qu’enrichissant. Une fois une information lancée sur le web, il ne reste plus qu’à espérer que le bon sens triomphera et que les internautes sauront modérer les commentaires déplacés en rabrouant leurs «codiffuseurs.» De plus, on ne peut renier le fait que les sites de partage comme Twitter et Facebook entraînent progressivement une réforme du journalisme traditionnel. Combien de fois a-t-on entendu un journaliste dire qu’il suivait le déroulement d’un événement sur Twitter ou qu’il avait été mis au fait d’une nouvelle par un courriel d’un internaute ? Il est certain que cela peut complexifier la profession de journaliste, puisqu’ils doivent valider (du moins tenter de valider au mieux) les informations qu’ils glanent un peu partout.
Par exemple, la révolte ayant suivi la «rééelection» de Mahmoud Ahmadinejad en Iran n’aurait pu prendre autant d’ampleur sans la participation des citoyens à l’échange mondial d’informations et de photographies. Ces citoyens iraniens étaient les seuls en mesure d’informer le monde après l’interdiction de travailler aux journalistes étrangers par le régime.
Les médias citoyens semblent donc être devenus indispensables, ou du moins incontournables, dans notre monde contemporain. Néanmoins, les médias traditionnels ne peuvent être écartés du monde de l’information, puisqu’ils assurent une certaine objectivité et qualité bien que cela puisse être remis en doute plus souvent qu’autrement. Les médias citoyens et traditionnels se complètent donc pour offrir au public une offre diversifiée d’information où le citoyen doit faire preuve de jugement critique pour évaluer toute l’information passant à sa portée. La vigilance est de mise !
Sur ce, si je n’avais qu’un conseil à vous donner en cette matière, ce serait le suivant : diversifiez vos sources d’information ! N’hésitez pas à vous alimenter dans les médias traditionnels, alternatifs, indépendants, citoyens et autres. Cela ne fera que vous donner une perspective plus juste de la réalité et vous protégera contre l’imposition d’idées.
Prenez donc cet article avec un grain de sel !