Octobre 2009
Laliberté d’accès à l’eau
par Samuel Blouin
Hier soir, j’ai écouté le spectacle «De la terre aux étoiles pour l’eau» de la Mission sociale et poétique du fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté. Incontestablement, cet événement fut un succès au plan poétique. C’était incroyable de voir dans un même spectacle se déroulant dans quatorze pays de cinq continents des artistes s’exprimant dans plusieurs langues et dans des styles complètement différents. Quelle beauté qu’est la diversité culturelle ! Les voir ainsi se mobiliser pour une même cause, celle de l’accessibilité à l’eau, ne pouvait qu’impressionner, ce qui était certainement le but de tout ce déploiement. Le simple fait d’avoir démontré la possible coopération d’artistes de partout dans le monde constitue un succès. Comme il est connu que la culture représente l’un des moyens les plus efficaces pour transmettre des idées porteuses d’espoir, il est à n’en pas douter que le moyen était le bon. Cependant, reste à savoir s’il a atteint son but d’impressionner pour sensibiliser.
On peut au moins se dire que ce spectacle aura fourni une tribune de choix à David Suzuki et Al Gore pour leur permettre de transmettre leur message et même d’expliquer certains problèmes liés à l’eau, ce que peu de médias leur donnent la chance de faire. Le poème de Yann Martel véhicule également un message essentiel. Bien écrit, ce conte poétique ne peut que toucher ceux l’entendant récité par d’imminentes personnalités du monde entier. Ce poème a selon moi le potentiel de durer dans le temps. Je suggérerais même à tous les parents de le lire à leurs enfants pour les sensibiliser à cette cause dès leur plus jeune âge. Après tout, la sauvegarde de notre planète passera par l’éducation.
Toutefois, je me pose la question suivante : l’argent nécessaire à l’organisation de cet événement aurait-il pu être mieux dépensé ? Je sais… je me fais encore l’avocat du diable, mais je crois que c’est le rôle des citoyens et de ceux qui publient un contenu médiatique de poser ces questions. Le coût du spectacle est estimé entre 6 et 10 millions dollars, tandis que le «voyage» spatial de M. Laliberté lui aura coûté 35 millions. Cette quarantaine de millions de dollars aurait certainement pu être directement investie dans des projets visant à faciliter l’accès à l’eau un peu partout dans le monde. Q’est-ce qui sera le plus rentable pour la cause de l’eau : un investissement direct ou un immense coup de publicité ? L’initiative de M. Laliberté a permis à plus de 52 000 personnes jusqu’à maintenant de manifester leur intention de poser un geste concret pour économiser de l’eau sur le site de la Fondation ONE DROP, chaque geste représentant une goutte d’eau. Ces gens donneront aussi peut-être à la fondation, ce qui lui permettra de recouvrer une part des fonds investis pour pouvoir les dépenser dans différents projets. Comme plusieurs causes, cette fondation mise sur la somme des gestes afin de créer un mouvement de masse qui changera véritablement les choses. Je ne connais pas les cotes d’écoute de ce spectacle, mais si elles s’avèrent assez élevées, on peut penser que cela en aura valu la peine. Ce que j’espère par-dessus tout, c’est que le poème de M. Martel soit lu et relu par le plus de gens possible, et surtout, lu à des enfants dans le but qu’ils poursuivent la lutte. Marquer l’imaginaire peut souvent allumer la flamme nécessaire à l’action.
Dans un autre ordre d’idées, j’ai grandement apprécié que l’événement médiatique débute par une intervention en français de Guy Laliberté et que notre langue revienne à quelques reprises au cours du spectacle. Le Québec a une culture des plus riches qui nous confère un pouvoir de rayonner incroyable et tant mieux si nous pouvons en faire bénéficier de nobles causes.
Néanmoins, le message à retenir serait le suivant : nous devons tous agir concrètement quotidiennement pour économiser l’eau. Je ne le cache pas, en matière d’écologie, ce doit probablement être mon plus grand défaut que de ne pas économiser suffisamment l’eau. Donc, comme vous, je vais tenter de poser ces gestes (proposés par la fondation ONE DROP) qui peuvent faire la différence si additionnés :
- Installer un économiseur d’eau dans le réservoir de sa toilette ;
- Utiliser les feuilles de papier des deux côtés (la production de papier nécessite beaucoup d’eau) ;
- Remplacer un plat à base de viande par un plat végétarien (en effet, la production de viande consomme davantage d’eau) ;
- Retourner ses médicaments non utilisés à la pharmacie (afin de ne pas polluer nos étendues d’eau) ;
- Utiliser des produits d’hygiène et de nettoyage respectueux de l’environnement ;
- Réduire sa consommation d’eau embouteillée ;
- S’engager dans sa communauté.
J’ajouterais les suivants :
- Fermer le robinet quand on se brosse les dents ;
- Arrêter l’eau de la douche pendant qu’on se savonne ;
- Remplir l’évier pour laver sa vaisselle plutôt que de laisser couler l’eau ;
- Prendre une douche plutôt qu’un bain ;
- Passer le balai plutôt que d’arroser son entrée de cour ;
- Limiter sa consommation en général puisqu’une grande part des produits nécessitent beaucoup d’eau dans leur processus de fabrication.
Ces trucs sont assez simples à appliquer quotidiennement et je m’engage à tâcher d’en pratiquer davantage moi-même. Je vous encourage par conséquent à faire de même.
Pour ceux qui auraient manqué le visionnement du spectacle, vous pouvez le regarder sur le site de la fondation ONE DROP à l’adresse suivante : http://broadcast.onedrop.org/fr/FlashPlayer/MissionSocialePoetique.html .
Espérons que ces millions de dollars se transformeront en millions de gouttes d’eau économisées.

Octobre 2009
Un sage homme
Par Léa Cullen-Robitaille
Le 8 octobre dernier, j’ai eu la chance d’assister à une conférence-récital au Palais Montcalm. Cette activité au bénéfice de la Fondation pour l’éducation à la coopération et à la mutualité réunissait Marion Jacquard, musicienne, et son grand-père, le scientifique, généticien et philosophe de renom, Albert Jacquard. C’est de mes jeunes 18 ans que je tiens à vous partager son discours sensé intitulé Le compte à rebours a-t-il commencé?
Commençant son exposé avec une longue introduction sur l’origine de la vie humaine, Albert Jacquard raconte, illustre et simplifie avec humour, respect et délicatesse l’évolution hasardeuse d’une quelconque espèce vers la forme humaine. Ce qui nous différencie des autres animaux, dit-il, est nos émotions et notre capacité à inventer. Il souligne ce dernier point en mentionnant l’importance d’en faire bon usage, en donnant pour contre-exemple la bombe nucléaire.
L’éminent philosophe propose d’étendre la notion de patrimoine naturel et humain aux ressources naturelles comme le pétrole. Ainsi, cette source d’énergie n’appartiendrait pas à un pays en particulier. On éviterait alors les interventions mal justifiées de certains grands de ce monde à l’intérieur d’autres pays détenant cet or noir.
Albert Jacquard souhaite qu’il se produise une révolution non-violente de l’éducation et de la santé. La santé, en tant que droit humain, tarde à être prise en charge complètement par les gouvernements, à cause de ses coûts exorbitants. Accepter de payer des impôts et des taxes pour mettre en place un système de santé universel est un défi colossal puisque les travailleurs ne sont pas tous prêts à sacrifier une partie de leur salaire au profit de la communauté. C’est pourquoi l’école devrait nous enseigner des utilités comme la coopération et la responsabilité citoyenne, faiblement présentes dans nos programmes d’éducation actuels.
Pour illustrer cette coopération, Albert Jacquard utilise une citation de Ravel. Ainsi, le compositeur disait qu’une cloche n’est pas faite pour sonner seule, mais pour résonner avec d’autres cloches. Pour le conférencier, il s’agit de la même chose : les humains ne doivent pas agir isolément, mais ensemble. De cette manière, leurs actions auront plus d’impacts. Dans notre société où le succès professionnel est important, où les grandes réalisations fascinent, où des hommes et les femmes surpassent et défient le passé, plusieurs restent dans l’ombre ; Albert Jacquard termine son discours en rappelant que, « nous devons être des gagnants qui ne créent pas des perdants autour d’eux, mais qui aident les autres à gagner. »
JACQUARD Albert, « Le compte à rebours est-il commencé ? », philosophe, 8 octobre 2009, conférence.