Mars 2009
Êtes-vous dissonants ?
par Samuel Blouin
Avez-vous déjà ressenti un certain malaise, une certaine déception ou encore du regret suite à un achat ? La réponse est très probablement oui, puisque nous avons tous déjà acheté quelque chose sur un coup de tête. Malheureusement pour vous, je ne vous épargnerai pas une petite anecdote sur ma vie. Hier, justement, j’ai dépensé près de 150 $ (c’est du bidou ça pour un étudiant !) en livres pour mon mémoire en moins d’une heure… Je peux vous dire qu’avant et après l’achat ma tête était un champ d’affrontement entre différentes forces : ma raison qui me disait que ce n’était pas rationnel, mon désir de produire le meilleur mémoire possible avec l’information la plus récente, encore une fois ma raison qui me disait que je pouvais aussi bien emprunter ces livres à la bibliothèque et mon cœur qui ne pouvait résister devant un étalage de livres neufs… Finalement, je me suis laissé convaincre par le fait que c’était des livres, donc que ce n’était pas un achat futile. Toutefois, cela n’est pas vraiment une raison valable en elle-même. C’est plutôt mon cerveau ou mon esprit ou ma psyché ou ce que vous voudrez qui a tenté de rétablir un équilibre qui avait été rompu dans ma tête. En fait, nous nous leurrons nous-mêmes pour faire disparaître, ou du moins atténuer, ces forces contradictoires. En résumé, nous tenterons toujours de nous justifier pour ne pas ressentir de malaise. Ce phénomène est appelé la dissonance cognitive.
Rassurez-vous, cet article ne sera pas seulement à propos de cette simple anecdote qui ne concerne que moi et ma dissonance. Mon but est plutôt de nous faire saisir que nous achetons probablement beaucoup trop pour rien. Pendant que j’écris ces mots, mon esprit est en grande dissonance, puisqu’il va à l’encontre de mon geste légèrement irrationnel d’hier. Et je viens de remarquer qu’en écrivant le mot «légèrement» j’essais encore de me convaincre que j’ai fait un bon achat… La dissonance m’accable ! mais cessons de parler de moi pour de bon. En conséquence de cette dissonance, il semble bien que ce ne soit pas notre esprit qui va rationnaliser nos achats. Alors que faire ? Selon moi, notre raison demeure tout de même notre meilleur outil pour lutter contre la surconsommation. Déjà, si nous sommes conscients que nous tentons constamment de nous justifier, peut-être que nous pourrons mieux nous contrôler, mais ce n’est pas si évident… Il est tout de même fascinant de voir à quel point nous pouvons nous nuire par un simple désir d’équilibre psychologique éphémère. Quand je dis «nous nuire», je parle de «nous» en tant qu’espèce, qu’humanité, car la croissance actuelle de la consommation n’est absolument pas durable, même à moyen terme. C’est donc notre modèle de consommation qu’il faudrait revoir en profondeur, mais cela ne se fera pas du jour au lendemain. Ce n’est donc qu’individuellement que nous pouvons changer progressivement la manière dont nous achetons en tentant de lutter contre cette dissonance cognitive qui nous fait nous justifier nos achats les plus irrationnels. Sur ce, essayons de regretter nos achats plus souvent !

Mars 2009
Sombre perspective
par Samuel Blouin
Les problèmes environnementaux tendent à être écartés lors de crises économiques, puisque les ressources sont affectées à la survie des gouvernements, des entreprises et du système. On peut se demander si ce dernier ne devrait pas être réformé plutôt que sauvegardé. On peut même se demander s’il mérite d’être sauvé, mais ce n’est pas l’objet de cet article. En revanche, j’aimerais vous exposer une idée simple, qui n’affectera aucunement votre portefeuille et qui ne requiert aucun effort (pourrait-on rêver mieux !).
Je prends ici pour acquis que vous connaissez tous le moteur de recherche Google. L’entreprise propriétaire, Google inc., fondée en 1998, désirait rendre universellement accessible l’information. Cette mission est incroyable et je n’écris absolument pas pour la critiquer. Elle permet une plus grande liberté d’expression et de presse, permet de dénoncer les pires violations des droits humains dans le monde (est-ce un Tibétain ou un prisonnier de Guantanamo que j’entends ?), permet de transmettre les connaissances à ceux qui n’ont pas accès aux livres, etc. Bref, les bienfaits sont nombreux. Cependant, il y a toujours un revers à une médaille. Cette entreprise compterait
Si vous êtes accroc à Google et que vous ne voulez absolument pas utiliser un autre moteur de recherche, il existe tout de même une alternative, Blackle (www.blackle.com). Ce moteur de recherche créé par Heap Media est similaire en tout point à Google, excepté quelques fonctionnalités en moins (mais Google ne disparaîtra pas pour autant, donc on ne panique pas !). Ce moteur de recherche est même alimenté par le moteur de recherche personnalisé de Google.
C’est bien tout ça me direz-vous, mais pourquoi changerait-on de moteur de recherche pour un autre si les deux sont alimentés par Google ? La réponse est simple : parce que la couleur prédominante des pages générées par Blackle est le noir. Cela peut sembler bête, mais toute la différence y est. Un fond noir ou foncé permet d’économiser de l’énergie par rapport à un fond blanc ou clair comme celui des pages de Google. En effet, cela nécessite moins d’énergie à nos ordinateurs de projeter des images noires que blanches. Selon un blog cité sur le site de Blackle (http://www.blackle.com/fr/about/), une version noire de Google permettrait d’économiser 750 mégawattheures par an. Même si on peut questionner la crédibilité de la source qui semble assez approximative, il serait selon moi logique que le principe général soit vrai, même si la donnée ne l’est pas exactement. Blackle n’est cependant pas la panacée pour autant, puisque les Québécois ont consommé à eux seuls environ 1 651
Blackle relève également un point important quant à son utilisation. Le simple fait de voir le fond noir à chaque fois que nous ouvrons une page internet (si bien sûr nous l’utilisons comme page d’accueil) nous rappelle l’importance d’économiser l’énergie par tous les moyens possibles. Même si c’était sa seule fonction, ce serait déjà beaucoup. Ah aussi, avant que j’oublie, il paraîtrait que la lecture à l’ordinateur sur fond noir serait moins dommageable pour les yeux que celle sur fond blanc. Donc, économisons de l’énergie, sauvons la planète et protégeons nos yeux !

Mars 2009
Comment l'école et la violation des droits des enfants peuvent coexister
par Léa Cullen-Robitaille
Le film Slumdog Millionnaire a fait connaître à un large public une réalité lointaine et atroce, celle des bidonvilles. Loin d'être totalement fictive, l'histoire fait notamment mention d'un orphelinat où les enfants sont logés et nourris, mais mendient au détriment de leur santé. Ce refuge pour jeunes sortant droit d'un cauchemar, il en existe pourtant de véritables.
Un récent reportage au magazine Thalassa présenté sur TV5 portait sur le cas de certaines écoles musulmanes au Sénégal. Intitulé Les enfants perdus de M'bour, le reportage illustrait la vie des enfants dont les parents, trop pauvres pour s'en occuper, ont préféré les confier à un marabout, homme religieux musulman, pour les éduquer au sein d'une école musulmane très spéciale. D'abord, l'école ne comporte qu'une seule matière : c'est l'apprentissage par cœur du Coran, livre religieux musulman. À sa sortie de l'école, l'enfant doit être capable de réciter le Coran d'un bout à l'autre par cœur ! Selon le fils du marabout, un enfant intelligent, ou plutôt doué pour la mémorisation, réussit cet exploit en six ans. L'enfant qui se trompe reçoit un coup de fouet : il en reçoit d'habitude plusieurs. Avant ces 9h d'apprentissage, ces enfants doivent en plus mendier pour rapporter de quoi manger et une quantité minimale d'argent. Inutile de dire que parmi les récoltes des enfants, le marabout et son fils sélectionnent le meilleur pour eux-mêmes. Les enfants partent donc chaque matin quémander de la nourriture et des sous auprès des villageois. Certains d'entre eux effectuent des travaux physiques durs pour gagner leur pain : journée interminable puisqu'ils mendient pendant 8h.
Le problème avec cette école, c'est qu'elle ne forme en rien les enfants à une future profession. Elle leur apprend plutôt à survivre dans la pauvreté plutôt que de tenter de s'en sortir. La seule chose que les enfants retiendront, ce n'est même pas le Coran, c'est la mendicité.
Même si le marabout a la charge des enfants, il ne leur prodigue pas tous les soins nécessaires à leur santé, par un soi-disant manque d’argent. La promiscuité des lieux, la saleté qui y règne et les blessures physiques non soignées en sont la preuve.
Certains enfants parviennent à s'enfuir de cette misérable vie pour une autre qui n'est probablement guère mieux. Dans les grandes villes, ils doivent voler pour survivre ou encore faire ce qu’ils ont toujours fait, mendier. Ils se retrouvent à traîner dans les dépotoirs, à respirer des substances toxiques pour oublier leur malheur.
Ces établissements nommés école violent sur plusieurs points les droits des enfants. Violence physique, négligence de la santé, travail, malnutrition, absence de famille et imposition d'une religion : un enfant mérite mieux, non?
En écrivant cet article, loin de moi était l’idée d’associer l’école avec l’oppression des droits humains. Bien au contraire, je crois que la base de toute société manifestant un désir de progresser est l’éducation qu’on reçoit en partie grâce à l’école. Je suis donc tout à fait en faveur de l’éducation scolaire, mais pas n’importe laquelle : celle qui nous apprend un métier, celle qui nous donnera une profession. Au Québec, il existe la formation professionnelle, les techniques et les études universitaires pour nous mener à cela. Malheureusement, ce n’est pas le cas partout dans le monde.

Mars 2009
Si vous ne le faites pas, qui le fera?
par Léa Cullen-Robitaille
Sur le plan de la récupération,
les infrastructures facilitant la collecte sélective des déchets sont loin
d’être au point. Je ressens un profond sentiment d’agacement chaque fois que je
constate à quel point la collecte sélective a de la difficulté à s’implanter
efficacement, dans les établissements scolaires entres autres, malgré la grande
sensibilisation à cet égard. C’est pourquoi la nouvelle campagne de publicité
de CONSIGNaction a attiré mon attention : Moi ? Cette interrogation si courte en
dit plutôt long sur nos habitudes. Souvent, on préfère attendre qu’un
changement survienne de la part des autres plutôt que de le provoquer. Certains
appellent le manque de temps, d’autres sont inactifs par paresse ou manque
d’intérêt. Généralement, on se plaint sans rien tenter et rien ne change. Moi-même, j’ai attendu en
vain : à la quantité de déchets recyclables produits par mon équipe de travail
l’été dernier, on aurait pu faire monter le niveau du fleuve St-Laurent d’un
mètre à cause de l’absence de bac de recyclage. Mon excuse : le local
exigu ne permettait pas la tolérance dudit bac. De plus, je n’étais là que pour
cinq semaines : qui donc se serait chargé du bac en mon absence (le défaut
de se croire irremplaçable…)? Bien sûr, personne d’autre n’a pris cette
initiative. Regretter son inaction ne devrait pas faire partie des sentiments
acceptables. Pour ceux souhaitant voir des changements concrets
et enfin pouvoir arrêter de se plaindre, qu’attendez-vous ? Il faut s’investir
pour apporter le changement que l’on souhaite. Par exemple, au cégep de
Sainte-Foy, le multi-recyclage (cartons, boîtes de jus, canettes, emballages en
plastique, verre…) n’est pas pris en charge par le personnel d’entretien. C’est
donc le comité d’environnement qui a pris la décision de vider hebdomadairement
les bacs très remplis de multi-recyclage. D’un bon côté, on remarque que les bacs débordent à
chaque semaine, ce qui nous prouve que les étudiants les utilisent à bon
escient. Cependant, il n’y a que quatre bacs, outre ceux des aires de repas,
pour servir presque 7000 étudiants. On se doute donc que d’énormes quantités de
déchets recyclables se retrouvent ailleurs, dans les poubelles ou les bacs de
recyclage de papier. Dans un autre ordre d’idée, il faut remarquer que le
multi-recyclage ne s’attaque pas du tout à la source du problème, soit la
production de déchets, et ne fait plutôt que pallier au problème de l’effarante
consommation d’emballages. Toujours est-il que ce multi-recyclage est l’exemple
parfait d’une action qui a été posée sans avoir attendu que les négociations en
cours se rendent à bon port au milieu de l’administration bureaucratique (oui,
la bureaucratie existe aussi au cégep). Ce n’est pas non plus les outils qui nous manquent
pour que l’on devienne vecteur de changement. Il faut savoir utiliser les
ressources dont nous disposons. Certaines villes québécoises, telles que
décrites par L’actualité (15 mars 2009), s’inscrivent en leader du
développement durable par des projets très diversifiés dont nous pouvons
facilement nous inspirer. L’Agenda 21e siècle local propose un
«outil de planification et de gestion des collectivités préconisé par les
Nations unies depuis le Sommet de la Terre de 1992, pour que les
villes puissent répondre à leurs besoins présents sans compromettre ceux des
générations futures». Les outils sont là, il suffit qu’on accepte de les
utiliser. La responsabilité de nous impliquer dans notre
collectivité nous incombe à tous. Que ce soit dans un milieu de travail, de
loisir ou à la maison, il y a certainement une amélioration souhaitable que
vous attendez avec patience. Il vous en faudra sans doute beaucoup. Soyez
impatients, proscrivez les excuses bidon et agissez. Comme le conclue la
campagne de CONSIGNaction, «si vous ne le faites pas, qui le fera? »

Mars 2009
Les bienfaits de l’usagé
par Léa Cullen-Robitaille
Je suis souvent sidérée par la vitesse à laquelle nous, individus de la civilisation occidentale, consommons. Les publicités aidant, nous sommes constamment encouragés à posséder la voiture la plus performante, le vêtement le plus dernier cri, la télévision la plus grande, le cellulaire le plus polyvalent…Pour obtenir le gadget le plus récent, on achète, on jette, puis on rachète. Lorsqu’on ne jette pas, on accumule : on se retrouve alors avec trois téléviseurs (pour une famille de quatre personnes), quinze paires de jeans (même si on ne peut qu’en porter une à la fois. Si on compte pour une semaine, ça fait sept paires : il en reste donc autant qui traîne dans le fond de la garde-robe…), quatre dispositifs d’écoute de musique (un vieux discman, un MP3 désuet, un iPod et un système de son), quatre ordinateurs (tous trop lents pour la nouvelle technologie) et j’en passe.
Heureusement, il existe une industrie nous permettant de faire revivre nos biens : la vente et l’achat d’usagé. Mieux encore, il y a les systèmes s’appuyant sur le don des objets dont on souhaite se débarrasser. Évidemment, il faut faire fi de notre esprit capitaliste : la donation d’objets ne nous rapporte rien financièrement. Nous développons donc notre côté altruiste en participant activement à ce commerce. De plus, l’usagé permet de soutenir le développement durable. D’un point de vue politique, les solutions relatives au développement durable sont difficiles à trouver et à mettre en action. Individuellement, l’implication dans l’industrie de l’usagé permet d’allonger la vie de nombreux objets et, par le fait même, la préservation de ressources naturelles. De cette façon, notre participation au développement durable est concrète.
En contrepartie, il ne faut pas donner sans compter pour ensuite se donner la permission d’acheter aveuglément ! Il importe donc d’acheter usagés les objets neufs dont nous pouvons nous passer. Par exemple, l’autre jour, le grille-pain familial a cessé de griller les tranches de pain uniformément. Horreur : nous devions en acheter un nouveau. Au début, il m’était apparu totalement absurde de voir quelqu’un paniquer pour ses rôties matinales. Relativisons : nous recherchons un grille-pain, alors que le tiers-monde cherche du pain… Mais il n’était pas question de se passer d’une telle commodité. Bref, trouver une entreprise qui se chargerait de la réparation étant trop difficile, nous avons donc dû nous résoudre à nous en procurer un nouveau : nous sommes donc allés au Génie Bleu, grande ressourcerie de la Ville de Lévis. Aujourd’hui, pour la modique somme de six dollars, nous sommes les propriétaires d’un grille-pain d’expérience qui, malgré un levier réticent, grille le pain à merveille.
Oublions l’image des ressourceries alimentant les gens défavorisés. Bien entendu, les prix des objets usagés sont largement inférieurs à ceux des grands magasins : les plus pauvres peuvent donc s’approvisionner à ces endroits plus facilement. Mais il ne s’agit pas que de cela. Le commerce de l’usagé favorise l’économie locale en créant des emplois. À ceux affirmant que cette industrie empiète sur l’économie mondiale en privant de revenus les travailleurs du tiers-monde mentionnés plus tôt, je réponds qu’il ne s’agit pas d’être exclusivement consommateur de l’usagé : on ne saurait se passer de certains articles neufs. De plus, le développement des villes donne lieu à une consommation qui ne saurait être totalement comblée par l’usagé. Si certains prétendent que l’achat d’usagé dépossède les plus démunis des seuls biens qu’ils peuvent se procurer, j’objecte que les magasins d’usagé débordant, leur inventaire est certainement suffisant pour subvenir aux besoins des plus pauvres en plus de fournir certains articles aux autres.
Penser
usagé est une façon responsable de penser développement durable. Lorsqu’ il ne
restera plus assez de ressources naturelles pour que vous puissiez remplacer
votre grille-pain défectueux par un neuf, même le dépotoir ne pourra vous
offrir de réutiliser un grille-pain gaspillé, l’incinérateur ayant fait son
travail.

Mars 2009
Rentabiliser nos ressources
par Léa Cullen-Robitaille
Actuellement, notre mode de vie plutôt individualiste ne nous permet pas de rentabiliser les ressources mobilisées. Essayons de penser différemment : pensons socialement. Comme l’a mentionné Laure Waridel au cours d’une entrevue qu’elle nous a généreusement accordée, une laveuse d’une famille de quatre personnes sert généralement pendant une journée dans la semaine (peut-être 12 brassées par semaine?). Elle est là, immobile, inactive, mais les matériaux qui la constituent font leur temps. Penser socialement en partageant une laveuse entre sept familles, je dois avouer que, côté pratique, c’est assez difficile à réaliser, voire impossible ; aussi bien utiliser une buanderie publique, ce qui n’est peut-être pas une mauvaise idée, à la seule exception que cela chamboulerait drastiquement notre mode de vie en augmentant le temps que nous passons à faire du lavage. J'imagine sans difficulté que peu de gens serait enclin à faire ce sacrifice. Il s’agit alors de déceler ce qu’on peut partager en société sans que cela fasse régresser involontairement notre confort. De façon volontaire, il existe toujours la possibilité de faire certains compromis et d’accepter une telle idée. Cela implique naturellement d’avoir des valeurs assez solides pour vivre en toute cohérence avec notre pensée sociale.
Le transport en commun est un bon exemple de ce partage collectif. L’autobus ou le covoiturage permettent d’augmenter la rentabilité en utilisant moins de ressources pour effectuer une tâche plus grande. Saviez-vous que seulement 5% de l’énergie d’une auto sert à se déplacer ? Le reste sert à déplacer la voiture elle-même ! La prochaine fois que vous partirez en voiture, pensez à offrir un siège ou à utiliser des organismes de covoiturage comme AlloStop. Vous ne ferez pas seulement diminuer vos émissions de GES : vous encouragerez une pratique écologique, vous participerez à une forme de services sociaux basés sur le bon vouloir des citoyens et vous informerez le gouvernement de votre opinion en consommant selon vos valeurs si telles elles sont.
Rentabiliser nos ressources signifie aussi rentabiliser notre espace. On peut penser à toutes ces tours à bureaux et établissements scolaires inutilisées la nuit alors que des sans-abri gèlent à l’extérieur…Est-ce vraiment éthique ? Il faut souligner l’effort de certains propriétaires qui ont pris des ententes avec des itinérants, leur offrant de dormir sous leur portique en échange de la surveillance nocturne des lieux.
Pensons aussi à la façon dont nous consommons l'électricité. Dans chaque maison, la demande d'énergie augmente à l'heure du souper. Penser socialement reviendrait donc à étendre la consommation d'électricité en retardant ou devançant l'utilisation de certains électroménagers. Par exemple, le lave-vaisselle peut démarrer plus tard au cours de la soirée au lieu d'être mis en marche pendant l'heure de pointe. Ainsi mieux répartie, la demande d'électricité n'atteindrait plus de sommets vertigineux poussant le gouvernement à construire de nouvelles centrales, à dépenser des millions de dollars et à mettre en danger certains écosystèmes. Et pas besoin d'attendre la requête d'Hydro-Québec en tant de grands froids pour consommer socialement l’électricité…
L’achat de livres donne lieu aussi à une grande question : doit-on acheter un livre pour encourager son auteur ou est-il préférable de privilégier le prêt dudit volume afin de préserver nos forêts ? Car qu’il soit fait de fibres recyclées ou non, le livre acheté par un seul propriétaire restera tout de même la plus grande partie de son existence sur le coin d’une tablette. Évidemment, tant qu’à être imprimé, mieux vaudrait que ce soit sur du papier recyclé. Dans tous les cas, on fait face à un dilemme : propriété commune ou intellectuelle ?
Sur le plan alimentaire, le gaspillage gagne la palme du pire geste antisocial posé. Certaines épiceries jettent une quantité importante d’aliments invendus qui seraient pourtant assez frais pour la consommation immédiate, mais malheureusement pas assez pour la vente. Les mêmes sans-abri qui gèlent à l’extérieur ont souvent le ventre aussi vide que ces édifices chauffés et dépeuplés. Pas besoin d’être sans logis pour s’indigner contre ce gaspillage effarant, encore moins pour agir ; certains futés ont décidés de « faire les poubelles » et se nourrissent de ce que les épiciers préfèrent jeter plutôt que donner à une œuvre de charité.
Évidemment, il n'est pas toujours aisé d'agir socialement. Le moins que l'on puisse faire est toujours d'essayer. Peut-être ainsi parviendrons-nous à utiliser efficacement ce qui nous entoure dans le but de devenir plus éthique, écologique et économique.

Mars 2009
Développement durable dites-vous ?
par Samuel Blouin
Comme vous le savez probablement, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a prononcé son discours inaugural à l`Assemblé nationale le 10 mars. En l`écoutant, j`ai remarqué à plusieurs reprises la présence des mots «développement durable». Intéressant, me dis-je. Toutefois, on ne doit pas se laisser impressionner si rapidement par de belles paroles. Donc, pour évaluer convenablement ce que j`avais entendu, j`ai cru bon de lire la transcription du discours de M. Charest, même si c`est la version prononcée qui fait foi. Mais, il serait étonnant que le premier ministre se soit éloigné de son discours écrit, même si on peut remarquer quelques différences sur un petit nombre de mots, sans toutefois que le sens ne soit modifié outre mesure. J`ai donc relevé tous les passages où apparaît l`expression «développement durable» :
«J`ai la profonde conviction que cette double crise déclenchera la véritable révolution du développement durable. Un monde meilleur en émergera, et le Québec y contribuera.
Cette année, les pays du monde vont négocier à Copenhague un nouveau traité de réduction des gaz à effet de serre, ce qu`on pourrait appeler Kyoto II. Et cette fois, les États-Unis, nous pouvons l`espérer, ne seront plus dans le camp du déni, mais dans le camp de ceux qui relèvent ce défi.
Ces deux crises sont liées, autant dans leurs causes que dans leurs solutions. Environnement et économie sont les deux faces d`une même médaille.
Dans cet ordre nouveau, le Québec a pris un leadership dans la lutte contre les gaz à effet de serre.
- C`est au Québec que les émissions de GES par habitant sont les plus faibles au Canada.
- Notre plan de lutte contre les changements climatiques est reconnu comme l`un des meilleurs.
- Nous avons notamment joint le Western climate initiative (WCI), qui développe les mécanismes pour la création d`un marché du carbone en Amérique du Nord.
Le Québec porte l`idéal d`une nouvelle économie durable.»
*******
«Pour ma part, j`entends aussi collaborer avec nos partenaires des autres paliers de gouvernement, avec les municipalités, avec le gouvernement fédéral, et avec nos voisins du Canada et des États-Unis pour dynamiser nos économies et marcher ensemble vers le développement durable.»
*******
«Je veux mener le Québec plus loin. Je veux mettre en œuvre des changements pour élargir nos horizons et accroître nos capacités de développement.
- Le Québec, je le vois comme un leader en environnement et à cet effet, nous proposerons une loi proclamant la propriété collective de l`eau;
- Le Québec, je le vois comme un précurseur mondial du développement durable et de la lutte contre les changements climatiques, ce que nous affirmerons dans les négociations à Copenhague; »
*******
«Enfin, Monsieur le Président, nous mettrons en œuvre le plus grand projet de développement durable jamais entrepris au Québec. Ce sera le Plan Nord.
Cet immense territoire au nord du 49e parallèle, deux fois grand comme la France, c`est chez nous. Nous partageons ce territoire avec ceux qui l`habitent : les Premières Nations et les Inuits, les Jamésiens et les Nord-Côtiers.
C`est un grand projet de développement. C`est l`énergie propre pour la prospérité de tout le Québec qui aidera la planète à mieux respirer; c`est un potentiel minier déjà immense et encore méconnu dont l`exploitation responsable donnera des bénéfices à tout le Québec, qui vient d`être confirmé encore une fois le meilleur endroit au monde pour investir dans le secteur minier; ce sont des paysages fascinants, peints par des artistes illustres comme René Richard, que nous allons découvrir et faire découvrir.
C`est à la fois une immense richesse et une immense responsabilité.
C`est un projet dont nous ferons un exemple de développement durable.»
******* (gras ajouté par mes soins dans le texte)
Donc, voici une présentation exhaustive des apparitions de l`expression «développement durable» dans le discours inaugural du premier ministre. Pour rendre justice au premier ministre et pour éviter qu`on me dise que je ne cite pas dans le contexte, je vous ai fourni des passages un peu plus long que nécessaire. Toutefois, si certains ne sont toujours pas convaincus, ils peuvent se rendre directement sur le site du premier ministre. Une fois ces formalités énoncées, nous pouvons nous attarder au contenu. Selon moi, dès le premier passage, Jean Charest marque des points en évoquant la convergence de deux crises : la crise économique et la crise environnementale. Cela est tout à fait vrai et doit motiver tout un chacun à agir énergiquement pour trouver des solutions conjointes à ces deux crises. Il faut donc repenser le système financier qui incite les gouvernements, les entreprises et les consommateurs à une productivité malsaine et polluante par la recherche de bénéfices à court terme. Puis, M. Charest évoque comment le Québec se positionne face aux problèmes environnementaux dans ce premier passage. Ce sont de bonnes nouvelles et il faut nous en réjouir, mais une fois cela fait, il faut impérativement nous remettre au travail. Je donne donc un point au premier ministre pour la présentation éclairée du problème.
Dans le second passage, le premier ministre dit vouloir travailler et collaborer avec tout le monde. C`est bien joli tout ça, mais cela n`apporte rien de concret. Tout au plus, c`est une belle affirmation parce que les deux crises nécessitent des approches globales. Cependant, j`attends de voir comment cela se traduira avant d`accorder quelque point que ce soit. Donc, c`est toujours un point pour le premier ministre.
Pour ce qui est du troisième passage, il n`apporte encore une fois rien de bien nouveau. Je suis d`accord avec la propriété collective de l`eau et pour que le Québec contribue au débat sur la scène internationale, notamment à Copenhague. En revanche, je ne puis pas dire que cela constitue de vraies politiques de développement durable. Ce sont au mieux des orientations qui mèneront peut-être à une plus grand considération et protection de l`environnement. Mais ces idées dépendent encore de trop de facteurs extérieurs qui risquent d`empêcher toute action ou de justifier l`inaction. Finalement, j`approuve l`idée de faire du Québec un vrai leader mondial du développement durable et je souhaite y contribuer. Ce passage illustre encore une belle vision ambitieuse, mais qui n`est pas assorti de moyens concrets pour qu`elle devienne réalité. On en reste donc à un point pour M. Charest, puisque cela ne mérite aucun point ni aucune perte de point.
Le quatrième passage contient enfin des mesures plus concrètes ! On pourrait croire qu`on nous réserve le meilleur pour la fin, mais voyons-y de plus de plus près. On en arrive au fameux Plan Nord si cher aux yeux du premier ministre. Ce projet semble être une vraie révolution si on visionne la vidéo dans laquelle il le présente sur le site internet du parti libéral. J`ai moi-même été impressionné par la présentation, mais il convient de se retirer du contexte époustouflant pour l`analyser d`un œil plus critique. En soi, l`idée de développer le potentiel du Grand Nord est une bonne idée, puisqu`il recèle des capacités incroyables et représente les deux tiers de la province (deux fois
