Mai 2009

Enfin un marché du carbone (ou enfin une bonne initiative du gouvernement) !

par Samuel Blouin

Le gouvernement du Québec a annoncé le 12 mai que la province allait se doter des moyens pour plafonner les émissions de gaz à effet de serre (GES). 

La ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec, Line Beauchamp, a déposé le projet de loi 42 qui permettra au Québec de réglementer les émissions de GES des industries polluantes de la province. On peut dire : enfin ! Cette initiative constitue la base nécessaire à la création d’un marché du carbone ayant pour but de réduire les émissions de GES.  Ce moyen pour réduire la pollution est connu depuis longtemps, il était donc temps qu’on le mette en œuvre. Cependant, on ne précipite pas les choses, puisque ce n’est qu’à partir de 2012, c’est-à-dire dans encore trois ans, que les entreprises pourront acheter des crédits de carbone. Ce n’est tout de même pas la panacée, car ce ne seront que les entreprises émettant plus de 25 000 tonnes de GES par année qui pourront participer à ce marché. Mais avant d’aller plus loin, voici quelques explications concernant le fonctionnement d’un marché du carbone.

 

La première étape dans la mise en œuvre d’un marché du carbone est l’imposition de quotas d’émissions, car sans plafond, peu d’entreprises choisiraient d’y participer. En fait, un tel marché vise principalement à aider les entreprises à atteindre les cibles de réduction d’émissions de GES fixées par le gouvernement. Ce type de marché étant très similaire à celui des actions, les entreprises ne devraient par être trop déboussolées par cette nouveauté à laquelle elles devront s’adapter. Les bourses du carbone transigeront des droits ou crédits d’émissions de GES ou si vous voulez, des permis de polluer. Plus concrètement, cela signifie que les entreprises qui ne seront pas en mesure de respecter les quotas imposés devront acheter des droits pour polluer davantage que permis. Au contraire, les entreprises diminuant leurs émissions en deçà des normes établies recevront des crédits qu’elles pourront vendre sur le marché. Le but est donc de récompenser les entreprises investissant dans les technologies environnementales en leur permettant de gagner de l’argent par la vente de leurs crédits et de pénaliser celles qui dépassent leurs quotas en les forçant à acheter des droits. Ces crédits se vendront par unité d’une tonne de CO2 dont le prix sera établi en fonction de l’offre et de la demande. Cette mesure devrait vraiment forcer les entreprises à réduire leurs émissions, puisque ce marché affectera directement ce qui leur importe le plus : leur profit.

 

Cette solution risque d’avoir un impact considérable dans l’atteinte des objectifs du Protocole de Kyoto par le Québec. Aussi, ce projet de loi correspond à l’objectif du Québec de faire partie du système de plafonnement et d’échange de crédits d’émissions de GES de la Western Climate Initiative (WCI), le plus important en Amérique du Nord. Ce regroupement est composé de quatre provinces canadiennes, le Québec, l'Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique, et de sept États américains, Washington, l'Arizona, le Montana, le Nouveau-Mexique, l'Oregon, l'Utah et la Californie, dont le gouverneur, Arnold Schwarzenegger, initia le projet. La WCI souhaiterait une réduction de 15 % des émissions d’ici 2020 par rapport au niveau de 2005, ce qui est selon moi trop peu. Cependant, le Québec pourrait avoir le beau rôle cette fois, puisque la ministre vise plutôt une réduction par rapport à 1990, l’année de référence du Protocole de Kyoto. Quand notre gouvernement marque un bon coup, il ne faut pas manquer de le souligner.

 

Le projet de loi prévoit une application progressive de mesures. Dès 2010, donc l’an prochain, les émetteurs de plus de 10 000 tonnes de GES par année seront dans l’obligation de les déclarer. En effet, le projet de loi conférerait au gouvernement le pouvoir d’exiger des déclarations d’émissions à certaines entreprises pour en faire l’inventaire. Le type d’entreprises visées n’a toutefois pas encore été précisé. Puis, en 2012, les plafonds d’émissions entreront en vigueur pour les secteurs de l’électricité et de la grande industrie, et ce n’est qu’en 2015 que celui des transports y sera assujetti.

 

Cette annonce vient enfin appuyer le discours «vert» du premier ministre. Mais, il voulait aussi faire du Québec un leader dans le domaine des énergies renouvelables, ce qui n’a pas encore été assorti de mesures concrètes, sauf peut-être avec la construction du barrage de la Romaine, mais si vous avez lu mes articles précédents, vous savez que j’ai mes réserves à ce sujet. Lors du conseil général du Parti Libéral du Québec, Jean Charest a même réitéré son désir de faire du Québec le leader dans le domaine des énergies renouvelables : « On connaît notre destination, et on connaît nos ambitions. Voilà l'avenir du Québec, chers amis. Être la première puissance mondiale des énergies renouvelables. Et c'est là où je veux, avec vous, conduire le Québec ». N’est-ce pas beau mes amis ! Attendons de voir ce qu’il proposera, mais je sens qu’il sera difficile de rattraper des pays comme l’Allemagne qui vit en ce moment une véritable révolution de l’énergie solaire.  J’arrête maintenant de faire mon rabat-joie et je félicite mon gouvernement d’avoir proposé ce projet de loi. Je crois tout de même qu’il est important, en tant que citoyen, de rappeler ses engagements à notre gouvernement. L’opposition doit aussi jouer son rôle, c’est pourquoi je lui demande d’adopter ce projet de loi ce printemps comme l’espère la ministre. Cependant, elle ne doit pas l’entériner sans poser de questions. Si elle peut réussir à l’améliorer, à l’élargir ou à obtenir plus de précisions, ce sera déjà beaucoup. Il serait notamment intéressant de savoir quel pourcentage de réduction des émissions le gouvernement vise s’il veut faire plus que la WCI, quels secteurs exactement seront touchés et dans quelle mesure, et quelles sanctions seraient mises en place contre d’éventuelles entreprises récalcitrantes.

 

Notre cher gouvernement conservateur devrait aussi prêter l’oreille à cette initiative provinciale. Comme quatre provinces ont adhéré à la WCI, cela envoie un message clair à M. Harper sur leur volonté d’agir en matière d’environnement. Je dirais même que cela devrait être entendu par M. Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada aspirant au poste de premier ministre, qui ne désavoue pas l’exploitation des sables bitumineux. Ce n’est donc pas parce qu’un intellectuel arrive au pouvoir qu’on réglera tous les problèmes. De plus, le Québec et l’Ontario institueront un registre conjoint pour inventorier les émissions de GES, ce qui permettra d’établir le marché du carbone et confirmera le rôle de la Bourse de Montréal dans un tel marché. Donc, mesdames et messieurs les élus fédéraux, entendez le message !

 

À terme, le but de toutes ces initiatives est de créer un marché mondial du carbone où tous les systèmes régionaux seraient harmonisés, comme c’est le cas avec la bourse traditionnelle. Comme de telles bourses existent déjà en Europe, en Australie, aux États-Unis et ailleurs, cela devrait être possible avec un peu de volonté de politique et beaucoup de pression populaire. À vos claviers, à vos bouches, à vos crayons !

 

Sources :

 

«Les bourses du carbone» (8 décembre 2005), sur le site de Société Radio-Canada. Consulté le 22 mai 2009. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2005/12/05/002-bourses-du-carbone.shtml

 

«Québec voit vert» (12 mai 2009), sur le site de Société Radio-Canada. Consulté le 23 mai 2009. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2009/05/12/003-Quebec-GES-projet.shtml

 

«Le Québec et l’Ontario tiendront un registre conjoint des émissions de GES» (12 mai 2009), sur le site du Devoir. Consulté le 23 mai 2009. http://www.ledevoir.com/2009/05/12/249992.html

 Mai 2009

Où dois-je jeter ma bouteille en plastique ?

par Léa Cullen-Robitaille

L’autre jour, une de mes amies a bu un jus contenu dans une bouteille de plastique. Jusque là, tout va bien, elle ne s’est pas étouffée, ni empoisonnée, mais elle a plutôt bien étanché sa soif et a fait monter sa glycémie. Le problème s’est posé lorsqu’il a fallu qu’elle dispose du contenant. Son premier réflexe a fait atterrir la bouteille dans une poubelle, le premier endroit où elle pouvait se libérer les mains. Sous ma haute indignation, elle l’a évidemment reprise dans l’intention de la déposer dans un vrai bac de récupération. Comme nous étions dans une bibliothèque, je l’ai devancée et lui ai dit que les petits bacs de récupération n’étaient pas le bac recherché. En effet, ceux-ci sont réservés strictement au papier. Une fois hors de la bibliothèque, la première place visiblement apte à la récupération était un bac destiné aux canettes consignées. Comme le contenant qu’elle avait entre les mains ne l’était pas, elle ne pouvait pas l’y déposer. Voyant son bras entreprendre le geste de lancer sa fameuse bouteille à l’intérieur, je l’ai immédiatement arrêtée, ce qui n’a pas manqué de la frustrer quelque peu. Le prochain bac de récupération que nous avons croisé ne recueillait également que le papier transvidé des petits bacs des locaux de cours. Nous avons donc marché jusqu’au vrai bac de multirecyclage, où les impatients et les ignorants ne se seraient jamais rendus. Morale de cette histoire : le tri des matières recyclables par les consommateurs eux-mêmes est légèrement compliqué pour ceux qui n’y portent pas une grande attention. Pas étonnant que tant de contenants destinés à la récupération ne se rendent pas à bon port. 

 Mai 2009

Appel aux glaneurs scolaires

par Léa Cullen-Robitaille

Le multirecyclage semble donner bonne conscience à plusieurs de ces gens inattentifs. En cette fin de session, les cégépiens jettent un nombre considérable de vieux manuels, cahiers, cartables et autres fournitures scolaires. Toute cette paperasse parfois encore en très bonne condition d’utilisation (j’ai retrouvé dans ces bacs de multirecyclage que je me dois de décharger dans d’immenses bacs à papier des cartables, des plats de plastique réutilisables, des paquets à moitié ouvert de feuilles lignées trop peu froissées pour s’y retrouver, des bouteilles d’eau encore remplies, des manuels scolaires, des romans, des tubes de peinture acrylique non finis, un pinceau de bonne qualité, des ciseaux de métal et de nombreux sacs en plastique non troués) est jetée sans considération pour le gaspillage de ressources naturelles, d’énergie et de temps de ceux qui passent après eux pour trier leurs erreurs. Bien entendu, ceux qui agissent de la sorte ne lisent malheureusement pas ce texte et ne peuvent se sentir visés par cette accusation. Le multirecyclage leur permet de croire qu’ils en mettent moins à la poubelle et qu’ils sauvent des ressources. Cela est totalement faux, puisqu’il faudra une énergie nouvelle pour les traiter. Même dans le bac de multirecyclage, tout ce qui n’est pas recyclable se retrouve de toute façon au dépotoir. C’est donc à vous, chers lecteurs, que je demande la collaboration afin de devenir des glaneurs scolaires. Si jamais vous voyez du matériel en bon état dans une poubelle ou un bac, n’hésitez pas à lui redonner une seconde chance en allant le porter à un organisme de charité, en le réutilisant vous-mêmes ou en le déposant à un endroit approprié pour sa renaissance. Au cégep de Ste-Foy par exemple, le comité d’environnement a mis à la disposition des élèves en cette fin d’année des boîtes pour qu’ils puissent y déposer le matériel en bon état dont ils souhaitent se débarrasser. Utilisez donc votre vraie bonne conscience pour remplacer la fausse conscience des vrais gaspilleurs.

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