Juin 2009

Home : une importante leçon

 

par Samuel Blouin

 

Le documentaire Home du réalisateur Yann Arthus-Bertrand diffusé le 5 juin, journée mondiale de l’environnement, a livré à des millions de téléspectateurs dans le monde des images à couper le souffle, mais aussi une leçon que nous ne devrions pas oublier. Ce film expose l’essence même du miracle terrestre : la vie. Notre Terre est un cas unique dans le système solaire et dans l’univers (du moins jusqu’à preuve du contraire !) du fait de son incroyable biodiversité et de la richesse de ses milieux de vie. C’est un véritable miracle que tout cet échafaudage tienne et évolue sans tomber. Cependant, une créature qui s’est développée il y a de ça 200 00 ans commence à faire fléchir ce château de cartes qu’est la vie sur Terre, qui elle, remonte à près de quatre milliards d’années. En quelques dizaines d’années, l’homme pourrait anéantir des milliards d’années de diversification biologique. Triste constat.

 

Ce qui fait le succès et la richesse de la vie sur Terre, mais qui est aussi sa plus grande faiblesse, c’est son interdépendance. La perte du moindre maillon entraîne des conséquences sur le reste. Contrairement aux réalisations humaines où le superflu domine souvent, dans la nature, chaque chose, chaque espèce, a sa place. Rien n’est inutile ou nuisible comme nous sommes souvent portés à le croire. Quand une araignée se retrouve dans notre maison, ce n’est peut-être pas elle qui est de trop. Si l’araignée pensait, elle pourrait se demander ce que la maison a à faire là, à part abriter un envahisseur qui l’empêche d’accomplir son indispensable travail dans l’équilibre terrestre. Je ne dis pas que nous devons cesser tout développement, mais nous devrions reconsidérer notre place dans la globalité terrestre en ne nous considérant non pas comme maîtres de la Terre, mais comme participants ayant des responsabilités envers les autres éléments de ce système complexe. Les hommes, et les femmes (bien que les hommes aient laissé peu de place aux femmes pour qu’elles puissent elles aussi détruire en toute liberté, sans offense mesdames, et aussi messieurs), ont rompu un cycle en parfait équilibre se régulant lui-même jusqu’à ce qu’une nouvelle forme d’«intelligence» fasse son apparition et vienne tout chambouler.

 

Cette intelligence toute relative aura été un cadeau empoisonné (pardonnez-moi la facilité de l’expression). La plus grande faiblesse de l’homme est sa force physique, du moins comparée à celle des autres créatures peuplant la Terre (désolé de décevoir tous les «monsieurs (et madames) muscles», mais c’est la réalité, nous sommes faibles). La suprématie humaine prend source dans le cerveau et non dans les muscles. C’est cet incroyable appareil qui a permis à l’homme de pallier à ses lacunes physiques et de s’imposer. Toutefois, nous ne nous sommes pas contentés de l’employer à notre survie, nous avons voulu dominer et dompter la Terre pour servir nos intérêts fondés sur le mythe de la croissance économique perpétuelle. C’est là que nous avons perdu le sens même de la vie sur Terre fondé sur l’équilibre et l’interdépendance entre toutes choses. Comment peut-on espérer conserver un équilibre par une exploitation effrénée et incontrôlée des ressources ? Nous pouvions nous développer, mais il fallait garder en tête ce à quoi nous devions notre existence. Comme nous sommes faibles, peut-être avions-nous peur d’être supplantés par une autre espèce mieux adaptée, c’est pourquoi nous aurions entrepris d’éliminer toute autre espèce nous entourant. Cependant, si c’est effectivement cette pensée qui nous animait, nous sommes définitivement voués à disparaître au profit d’une espèce qui aura assimilé cette leçon. Ces deux dernières phrases de pures spéculations métaphoriques ne sont très fort probablement pas fondées. Notre autodestruction est plutôt le fait de notre ignorance. Pendant trop longtemps, nous n’avons pas compris le fonctionnement complexe de notre milieu de vie qu’est la Terre. Cela peut peut-être nous être pardonné vu la complexité du système, mais ce qui est impardonnable, c’est notre actuelle inaction alors que nous avons enfin compris de quoi il en retourne. Pour sauver notre (la nôtre et celle de toutes les autres espèces) belle planète, nous devons user de toute la mesure dont notre intelligence est capable pour modérer notre (celle des humains cette fois) exploitation des ressources et pour avoir l’humilité nécessaire au partage de ces ressources.

 

Avant de conclure, un simple mot sur les critiques adressées à ce documentaire financé par des intérêts privés, dont le mécène principal est le groupe PPR, propriétaire de Gucci et de Puma notamment. Cela a soulevé des accusations de greenwashing, c’est-à-dire le fait des entreprises qui financent des initiatives écologiques pour masquer des pratiques peu enviables sur ce plan. Les activités de ce groupe ne respectent probablement pas la nature, simplement par le luxe excessif de certains produits. Toutefois, doit-on condamner une telle initiative pour autant ? Je ne crois pas. Bien que l’entreprise en retirera probablement un avantage sur le plan du marketing, cela n’empêche pas que des millions de personnes ont eu la chance de visionner ce documentaire qui autrement n’aurait jamais vu le jour. On peut aussi espérer que l’attention médiatique suscitée sur cette société amène des groupes écologistes à examiner ses pratiques et que celle-ci devra s’adapter pour conserver son image. Profitons donc du documentaire et demeurons objectifs face à cette entreprise.

 

Avons-nous retenu la leçon ?

Pour voir ou revoir le documentaire Home en français, visitez l'adresse suivante : http://www.youtube.com/user/homeprojectFR. Il sera disponible jusqu'au 14 juin.

Bon visionnement !

 

 Juin 2009

La liste rouge de Greenpeace

Par Léa Cullen-Robitaille

Un militant actif pour Greenpeace est récemment venu cogner à ma porte pour promouvoir les actions de cet organisme non-gouvernemental international, avant tout reconnu pour sa mission environnementale. Parmi les thèmes abordés (étiquetage des OGM, protection de la forêt boréale, protection des océans, changements climatiques), les deux derniers ont retenu davantage mon attention. Dans cet article, je me concentrerai cependant davantage sur l’enjeu de la protection des océans tel que le présente Greenpeace dans sa campagne de sensibilisation, cette problématique qui, si rien n’est fait, franchira bientôt la frontière de l’irréversibilité.

Saviez-vous que « 90% des grands prédateurs comme le thon, l’espadon, le requin et la morue ont disparu des océans » ? Comme il est également indiqué sur le pamphlet de sensibilisation qui m’a été remis, j’ai appris que « selon l’ONU, près des trois quarts des réserves mondiales de poissons sont complètement exploitées ou surexploitées. » Il y a de quoi s’inquiéter : on consomme trop rapidement pour que les écosystèmes marins conservent un équilibre nécessaire à leur survie. Comment pourrons-nous nourrir toute la planète d’une façon durable et efficace? Certainement pas en surconsommant, en exploitant et en décimant les populations restantes qui sont notre garde-manger. Plus du quart de la population mondiale ne mange pas à sa faim. Il est pourtant dit que nous produisons assez d’aliments pour nourrir tout le monde, mais que c’est plutôt la répartition des richesses alimentaires et les méthodes d’approvisionnement qui font défaut. Nous produisons assez pour nourrir tout le monde, mais tous ne mangent pas à leur faim : c’est donc la preuve que notre gestion des ressources naturelles aurait avantage à être restructurée. En calculant rapidement, on s’aperçoit qu’il y a probablement une perte quelque part entre la cueillette et la consommation…

Pour remédier à cette mauvaise gestion de nos océans, Greenpeace a mis en place une liste rouge dédié aux consommateurs de poissons qui indique que nous devons éviter à tout prix d’en consommer certains. Voici donc les 15 espèces aquatiques sélectionnées « en fonction de l’état des stocks et des répercussions environnementales et sociales liées aux méthodes de pêche ou d’élevage » qui se retrouvent sur la liste rouge de Greenpeace: l’aiglefin (petit gade), le bar du chili, la crevette tropicale, l’espadon, le flétan de l’Atlantique, le flétan du Groenland (turbot), le hoki de la Nouvelle-Zélande, l’hoplostète orange, le mactre de Stimpson, la morue de l’Atlantique, les pétoncles géants de l’Atlantique, la raie et les pocheteaux, le requin, le saumon atlantique d’élevage et le thon rouge, obèse et albacore. En tant que consommateurs avertis, notre rôle ne se limite pas seulement à éviter de les acheter. Nous pouvons également demander à notre supermarché d’arrêter de vendre ces espèces ainsi que questionner nos poissonniers, bouchers et épiciers sur l’éthique de leurs produits : de quels pays proviennent-ils ? par quels moyens ont-ils été élevés ou pêchés ? L’ignorance de l’un ou les connaissances de l’autre nous permettra de mieux choisir l’importance que nous voulons accorder à l’entreprise gérée par cette personne socialement et écologiquement responsable ou irresponsable.

Dans son dépliant, Greenpeace met surtout l’accent sur la responsabilité des supermarchés. Actuellement, l’organisme ne repère aucune grande chaîne de supermarchés canadiens dotée d’une politique d’approvisionnement durable de produits de la mer. Étant à la fois en contact avec le fournisseur et le consommateur, le supermarché peut faire pression sur le premier pour qu’il privilégie des produits résultant des méthodes respectueuses de l’environnement et il peut proposer au dernier des choix plus éclairés. Ainsi, une production de produits de la mer durable s’énoncerait en quatre critères. D’abord, ils «  ne doivent pas provenir de stocks surpêchés ou vulnérables ». Ils ne doivent pas non plus être pêchés illégalement, ou provenir de pêches non gérées. Ils ne doivent également pas être pêchés ou élevés de façon dommageable pour le milieu marin ou les autres espèces marines. Finalement, ils ne doivent pas représenter « une menace pour les zones de pêche traditionnelle ou les gagne-pain, en particulier dans les pays en voie de développement. »

Pour consulter le rapport de Greenpeace sur les supermarchés et l’avenir des aliments de la mer intitulé « Épuisé », pour prendre connaissance d’autres statistiques accablantes sur l’état de nos mers, pour vous renseigner sur les techniques d’aquaculture et les méthodes de pêche, pour connaître l’avis des supermarchés par rapport aux produits de la mer et pour découvrir plus d’informations sur les poissons de la liste rouge de Greenpeace, je vous invite à visiter le www.greenpeace.ca/epuise.

Juin 2009

Les Québécois, équilibristes ?

 

par Samuel Blouin

 

En quoi les Québécois seraient-ils équilibristes ? En matière de politique bien sûr ! Est-ce un bien ou un mal ? Je vous laisse y répondre après avoir lu les pistes de réflexion qui suivent.

 

Selon moi, les Québécois recherchent constamment le consensus sans jamais l’atteindre. Le consensus serait l’ultime utopie québécoise. Si cela est vrai, nous devrons peiner longtemps avant d’atteindre la société idéale à laquelle nous aspirons. Toutefois, nous ne définirons pas ici ce qu’est une société idéale pour un Québécois, car cela outrepasserait largement le cadre de cet article. En revanche, nous pouvons tenter de mieux cerner l’équilibrisme québécois.

 

Lorsque vient le temps d’élaborer de grands projets, nous nous empêtrons rapidement. Rappelez-vous le projet de la Romaine (même si je n’y adhère pas totalement), la construction du CHUM, la souveraineté… sans oublier certaines dérives comme la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. Aussi, combien de rapports sur différentes questions de société importantes ont été tablettés par les gouvernements successifs. Il semblerait que nous ayons quelques difficultés à discuter de ces questions en société sans tomber dans le cynisme. Cela pourrait bien être notre plus importante lacune dans l’accomplissement de nos rêves de société. Je ne dis pas, bien entendu, qu’il ne faut pas discuter de tous ces enjeux. Il faut en discuter ! Là est la clé de toute démocratie participative en santé. Les citoyens, les groupes de pression, les entreprises, les politiciens sont tous parties prenantes de la société québécoise et ont tous le droit d’être entendus ET écoutés. J’ai parfois l’impression que notre espace public n’est que cacophonie où chacun tente de parler plus fort que l’autre (peut-être pour avoir son «trente-secondes» d’apparition au journal télévisé du soir ?). Le manque d’écoute mutuelle expliquerait peut-être cette éternelle recherche du consensus, nécessairement inatteignable sans écoute. Essayons donc de coopérer davantage au lieu de nous affronter continuellement et nous finirons bien par trouver les consensus qui nous permettront d’évoluer et de réaliser de grandes choses. Toutes les nations ont-elles ce même problème ? C’est à voir.

 

Également, sur le plan strictement politique, les Québécois prêchent l’équilibrisme, ou le centrisme. Les Québécois sont confortables au centre de l’échiquier politique, jamais trop à droite, jamais trop à gauche, sinon gare au rééquilibrage qui s’en suivra. Duplessis a tenté la droite, les Québécois ont penché à gauche avec Lesage et Lévesque (cependant, il faut dire que nous avons été quelque peu lent à réagir cette fois…). Depuis ce temps, après avoir testé la droite et la gauche, le Québec tend vers le centre. Le point culminant de cette centralisation est peut-être atteint, bien que très imparfaitement. Après avoir rejeté l’ADQ (du moins pour quatre ans), les Québécois se retrouvent essentiellement avec le Parti québécois et le Parti libéral que j’ai déjà qualifiés de centre-droit. Cependant, le Parti québécois tend un peu vers la gauche, tandis que le Parti libéral, un peu vers la droite, ce qui crée un semblant d’équilibre bipartite. C’est justement là le problème ! Même si les Québécois semblent aimer cette dynamique à deux partis qui permet de tout équilibrer, nous n’arriverons jamais à atteindre l’État providence, ou le centre, de cette façon. Ce bipartisme est condamné à une dynamique de confrontation où chacun reste campé sur ses positions. La solution : le multipartisme ? Peut-être. Du moins, il faut plus d’échanges d’idées dans le but d’avoir un parti centriste au pouvoir qui ne sera pas condamné à se définir par opposition à un seul parti.

 

Donc, les Québécois seraient fondamentalement centristes. Par conséquent, leur idéal pourrait être l’État providence qui intervient pour assurer l’équité (l’équilibre) et qui alloue suffisamment de liberté en ne contrôlant pas tout. Cet ultime équilibre, difficile à atteindre, j’en conviens, repose sur deux réalités philosophiques opposées, égalité et liberté. Cela ne vous rappelle-t-il pas la devise française ? Nos racines ne sont jamais bien loin.

 

Liberté, égalité, fraternité.

 

Make a Free Website with Yola.