Juillet 2009
Lettre aux élus municipaux de Lévis
par Samuel Blouin
Voici une lettre que j’ai envoyée à la mairesse de Lévis, Mme Danielle Roy Marinelli, à mon conseiller municipal, Jean-Claude Bouchard, et à la chef par intérim du parti Action Lévis, Isabelle Demers, concernant la gestion des résidus domestiques dangereux (RDD).
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Lévis, le 3 juillet 2009
Madame Danielle Roy Marinelli
Mairesse de Lévis
Monsieur Jean-Claude Bouchard
Conseiller municipal, district 14
Hôtel de ville de Lévis
2175, chemin du Fleuve
Lévis, Québec
G6W 7W9
Objet : Gestion des déchets dangereux à Lévis
Madame, Monsieur,
En tant que citoyen de Lévis, plus précisément du district 14, depuis maintenant près de 18 ans, c’est donc dire depuis ma naissance, je me permets de vous écrire pour vous exposer une lacune du système de gestion des déchets de la ville.
Il est vrai que Lévis fait généralement assez bonne figure en matière de recyclage, de compostage et autres mesures visant à réduire la quantité de déchets acheminés au dépotoir, notamment grâce au programme J’éco-agis !. Tellement que c’est le site Internet même de la ville qui m’a mis la puce à l’oreille.
L’onglet Les résidus domestiques dangereux (RDD) (voir http://www.ville.levis.qc.ca/Fr/Matieres_Residuelles/Index.asp ) m’a particulièrement intéressé lorsque je cherchais l’endroit où disposer d’une simple bouteille de crème à raser. Cet objet, insignifiant en apparence, doit être considéré comme dangereux, puisque son contenu est sous pression. Par conséquent, cette bouteille ne peut être jetée dans la poubelle ni au recyclage, comme cela est si bien indiqué sur le site de la ville.
Je n’ai aucun problème avec le fait que la déchetterie se trouve à Saint-Lambert. Toutefois, il faudrait que la ville établisse un point de dépôt ou, encore mieux, plusieurs, sur son territoire près de ses citoyens. Je ne crois pas que cela nécessite d’investissements faramineux. Je comprends que le lieu devrait être sécurisé, puisqu’il s’agit tout de même de déchets dangereux, mais il y a sûrement un établissement appartenant à la ville qui pourrait servir de lieu de collecte. Ainsi, les citoyens pourraient plus facilement disposer de leurs déchets dangereux. Un camion n’aurait qu’à faire le tour de ces points de dépôt une fois par semaine pour acheminer les RDD à la déchetterie de Saint-Lambert.
Comme je ne suis pas un expert, il se pourrait peut-être qu’il soit difficile de mettre en place un tel système pour que celui-ci demeure sécuritaire. Si tel est le cas, je demande à ce que cela soit expliqué à la population. Je crois cependant qu’une ville de l’envergure de Lévis devrait être en mesure d’offrir ce service à ses citoyens, quitte à construire une déchetterie sur le territoire de la ville. Dans ce dernier cas, cette potentielle déchetterie risque fort d’être toujours trop éloignée de la majorité des citoyens vu l’étendue du territoire de la ville et que l’établir au centre-ville ne serait pas l’idéal. La solution des points de dépôt demeurerait donc la meilleure.
J’espère que ce dossier suscitera votre intérêt comme il a suscité le mien. Je sais que les élections municipales approchent, ce serait donc le moment parfait pour démontrer à la population que votre administration se soucie vraiment de l’environnement.
Mes salutations distinguées,
Samuel Blouin
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À ma grande surprise, chaque personne à qui j’ai envoyé cette lettre a répondu dans les plus brefs délais. Dans le cas de la mairesse, j’ai reçu une lettre de son adjointe administrative m’indiquant que ma requête serait portée à l’attention de la mairesse et de mon conseiller municipal, ainsi qu’à la Direction générale pour un suivi auprès du service des matières résiduelles. Mon conseiller municipal m’a également fourni une réponse appréciable. Il m’a mentionné qu’une déchetterie était en construction sur le terrain de l’incinérateur sur la route des Îles et que pour 2010, une collecte des RDD devrait être mise en place, en même temps que celle des déchets putrescibles. Mme Demers, quant à elle, m’a mentionné qu’elle comptait bien aborder cette question avec son parti. Je compte bien sur elle pour assurer un suivi du dossier pour que les éléments de réponse apportés se concrétisent bel et bien. Dans le plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) de la ville datant de 2005, on prévoyait la construction de la déchetterie pour cette même année. Puis, dans le journal municipal de novembre 2006, on annonçait son ouverture en 2007. Étrangement, je ne trouve nulle part où l’on indique la construction de la déchetterie actuellement, et je ne me souviens pas en avoir entendu parler. Ce serait donc à vérifier. On peut espérer que la collecte sera vraiment organisée pour 2010. J’ai hâte de voir les programmes électoraux des différents partis afin de constater leur intérêt pour la gestion des RDD.
Désolé pour ceux ne vivant pas à Lévis et qui ne se sentiraient pas concernés par ce dossier. Toutefois, je voulais montrer qu’il est possible d’essayer de faire bouger les choses en tant que citoyen. Si quelque chose vous déplaît dans votre ville, vous n’avez aucune raison de vous taire. Exprimez-vous ! Toutes les réponses que j’ai reçues étaient cordiales. Au pire, vous n’aurez pas de réponse, mais au moins ils sauront ce que vous pensez.
P.S. Mesdames et messieurs les élus, je vous prierais de vous relire avant d’envoyer une réponse à un citoyen. Cela manque quelque peu de respect de laisser des fautes de frappe et d’orthographe, ainsi que des erreurs de syntaxe.
Dernière nouvelle !
Le dossier se propage. Voyez cet article sur la lettre envoyée aux élus de Lévis sur le journal commenté Lévis Urbain.


Juillet 2009
Déresponsabilisation cynique
par Samuel Blouin
Les récentes «menaces» d’élections estivales au fédéral ont entraîné une levée de boucliers généralisée dans la population. Finalement, les chefs du Parti conservateur et du Parti libéral, à force de manœuvres politiques, ont réussi à éviter aux citoyens la responsabilité de sortir voter au beau milieu de l’été. Ce qui a ébranlé ma fibre citoyenne est cette appréhension des élections comme une menace ou quelque chose qui viendrait perturber les vacances. En bon français, les Canadiens sont écœurés des élections et de la politique en général. Le cynisme pullule dans la population et rien ne semble vouloir renverser cette tendance.
Une des raisons évoquées par la population pour éviter des élections cet été était le coût du processus. Celles de 2006 avaient coûté 272,6 millions de dollars, c’est-à-dire un peu plus d’un quart de milliard. Ce montant impressionne. Mais au fait, combien vaut la démocratie ? Il me semble qu’une démocratie aussi bien établie que celle du Canada (bien qu’elle ait plusieurs lacunes) devrait avoir les moyens de sa prétention démocratique. Au moins ici, le coût se compte en dollars et non en vies, comme dans bien d’autres pays. Dans plusieurs États nouvellement «démocratiques», les gens font la queue pendant des heures au péril de leur vie pour exercer leur droit de vote. Si on vous enlevait votre droit de vote, je parie que vous seriez les premiers à protester. Comme le dit l’adage : on ne se rend compte de ce que l’on a que lorsqu’on l’a perdu.
Un autre élément évoqué par les gens ne désirant pas d’élections cet été était le caractère antidémocratique d’une telle décision. On aura tout entendu : des élections antidémocratiques dans une démocratie ! Bel oxymore ! Le taux de participation aurait certainement atteint un creux historique, ce qui est malheureux. Il est vrai qu’il aurait été en quelque sorte antidémocratique de tenir des élections cet été vu le message clair de la population en ce sens. Le devoir des politiciens était donc d’écouter les citoyens et de résoudre les problèmes politiques sans achaler la population. Cependant, c’est justement cet état de fait qui est anormal. La population devrait être enthousiaste à l’idée de participer au processus démocratique. Elle ne devrait pas vouloir se déresponsabiliser en demandant aux élus de se démener avec leurs problèmes qui sont en fait les nôtres. Les citoyens ne devraient pas laisser leur destin entre les mains de politiciens sans s’en mêler, mais bien être vigilants et prêts à intervenir à tout moment. Une démocratie participative en santé demande justement la participation des citoyens, à moins que nous voulions une démocratie non participative où nous sortirions qu’une fois aux quatre ans pour voter et que nous ne nous intéressions plus à la politique pendant quatre ans. Les politiciens auraient alors les mains libres. Pourrait-on encore appeler cela une démocratie ? J’en doute. C’est pourquoi la démocratie se doit d’être participative.
Comme l’a dit Winston Churchill, la démocratie n’est pas parfaite : «La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire». Cette phrase reflète la réalité sur plusieurs points. L’un des principaux défauts de la démocratie est la relative lenteur quand vient le temps d’agir. En effet, un dictateur éclairé qui ordonnerait une conversion écologique de l’économie serait entendu et sa décision serait exécutée sans délai. En démocratie, un tel virage prend du temps, puisque plusieurs consultations doivent être menées et qu’un certain consensus doit être atteint. Également, la base de la démocratie repose sur le vote populaire. Toutefois, la population peut très bien se tromper sur les enjeux qui la concernent, soit à cause de son cynisme ou d’une vision à court terme. Finalement, les mandats de cinq ans des élus (mais plus souvent de quatre ans) ne leur permettent pas d’avoir une vision à long terme. Ils prennent des décisions leur permettant d’être réélus dans quatre ans, du moins la majorité d’entre eux (désolé pour cette pointe de cynisme). Mais qui voudrait vivre sous un dictateur qui finirait vite par s’accrocher au pouvoir et par oublier toute considération morale ?
En attendant une véritable participation citoyenne et la fin de cette déresponsabilisation cynique, la population espère un gouvernement majoritaire aux prochaines élections pour avoir la paix pendant au moins quatre ans. Êtes-vous d’accord avec M. Churchill ?
Cessons d’attendre et participons !
