Février 2009

 

Un nouveau cours au programme ?

 

par Samuel Blouin

 

Que diriez-vous si on vous proposait des cours d’autodéfense intellectuelle à l’école ? À en croire Normand Baillargeon, l’auteur du livre Petit cours d’autodéfense intellectuelle paru chez Lux Éditeur dans la collection Instinct de liberté, ce ne serait pas une si mauvaise idée. En fait, il va même jusqu’à croire que «si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle» (Noam Chomsky). L’idée n’est pas folle, surtout que la bêtise ne cesse de pulluler autour de nous. Cette véritable initiation à la pensée critique permettrait justement d’éviter certaines dérives intellectuelles  consternantes. On n’a qu’à penser aux Loft Story et Occupation Double de ce monde, ainsi qu’aux pseudo-sciences telles que l’astrologie et la cartomancie. Saviez-vous qu’une astrologue a déjà présenté une thèse pour l’enseignement de l’astrologie à la Sorbonne ? Plutôt désolant, non ? Elle a réussi cet exploit décourageant en utilisant un jargon en apparence, mais bien seulement en apparence, scientifique et étoffé. Toutefois, il s’agit de s’y attarder ne serait-ce qu’un peu pour y découvrir un tissu d’absurdités bien ficelées. On peut aussi s’interroger sur nos propres universités. Le but n’est pas de retirer quelque respect que ce soit à ces institutions. Tout de même, nous devrions nous interroger sur la valeur des études qui y sont réalisées, puisque de plus en plus de recherches sont financées par des intérêts privés, ce qui peut poser quelques problèmes éthiques. Je ne remets pas en cause toutes les études produites par les universités. Je suis convaincu de leur bonne foi, mais il faut nous garder d’accepter tous leurs résultats sans nous poser de questions. C’est entre autres ce que Normand Baillargeon nous enseigne dans son magnifique livre.

 

Baillargeon évoque aussi l’utilité que de tels cours auraient dans notre système politique, qui, ne l’oublions pas, est une démocratie participative. Dans un tel contexte, il serait idéal que tout un chacun possède les bases de l’analyse critique. Tout simplement, cela permettrait à un plus grand nombre de personnes de s’impliquer dans les débats de société de manière constructive, plutôt que d’uniquement se plaindre de ce qui ne leur convient pas (je ne m’en exclus pas). Également, des cours d’autodéfense intellectuelle nous ouvriraient les yeux sur les différents discours, publicité ou émissions que nous rencontrons chaque jour. Il ne s’agit pas de dénigrer tout ce qui se fait, mais plutôt de faire la part des choses et d’être en mesure de juger de manière critique ce qu’on nous présente. Les statistiques et les représentations qui leur sont associées ne sont pas aussi banales qu’il n’y paraît. Baillargeon donne comme exemple une station de radio qui mènerait un sondage sur la légalisation de la marijuana. 3636 auditeurs répondent et 78 % d’entre eux se disent favorables à la mesure. Ce sondage n’a aucune valeur statistique et ne peut absolument pas être généralisé à toute la population. Pourquoi ? Simplement parce que l’échantillon n’a pas été constitué de manière aléatoire, car il n’y a que les auditeurs de cette station qui ont pu répondre et que seuls ceux désirant exprimer leur opinion l’ont fait. Ce type de «sondages» à la va-vite est assez fréquent. On n’a qu’à penser aux différentes questions d’opinions sur les sites de nouvelles.

 

En publicité, les arguments invalides sont aussi abondants. Un exemple d’argument erroné est l’«appel à la foule». Voici un exemple tiré du livre : «Buvez X, la bière la plus vendue au Canada !» Ce n’est pas parce que des millions de personnes boivent une marque de bière qu’elle est nécessairement la meilleure. Des millions de gens peuvent très bien se tromper. Autre exemple d’argument invalide, l’«appel à la tradition». Exemple encore une fois tiré du livre : «Aucune société n’a jamais légalisé le mariage entre conjoints de même sexe et la nôtre ne doit donc pas le faire». Où est la logique dans tout cela ? Devons-nous arrêter d’évoluer parce que les autres stagnent ? Il fut un temps où il n’y avait aucun syndicat. Nous sommes-nous dits : on n’a jamais eu besoin de syndicats, donc on n’en a pas davantage besoin maintenant. Ces arguments sont complètement absurdes. Il en existe des dizaines d’autres types.

 

Déjà, si tous parvenaient à reconnaître un argument valide d’un argument erroné, nous serions plus avancés en tant que société. Comme nous tenons tant à notre démocratie et que nous sommes prêts à la «défendre» à l’étranger, nous pourrions commencer par savoir tirer partie de tout ce qu’offre la démocratie en termes de débats et de participation citoyenne.

 

Pour terminer, je recommande à tous ce petit livre amusant (il est vraiment amusant avec ses exemples et ses caricatures) en attendant de vrais cours d’autodéfense intellectuelle dans nos écoles.

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