Août 2009
Campagne «Bienvenue au 21e siècle !»
par Samuel Blouin
Voici une lettre ayant pour but de sensibiliser les leaders et les dirigeants du Québec à certains enjeux du développement au 21e siècle. Si vous appuyez ces propos, je vous invite à signer la pétition y étant associée à l'adresse suivante: http://www.petitiononline.com/21siecle/ . Lorsque suffisamment de signatures auront été recueillies, je l'enverrai à plusieurs dirigeants et leaders du Québec, tels les politiciens, les chefs d'entreprises, les militants et les chefs syndicaux, pour les sommer d'agir.
Bienvenue au 21e siècle !
Lettre adressée à tous les dirigeants et leaders du Québec
Il y a de cela bientôt une décennie, l’humanité faisait son entrée au 21e siècle. Toutefois, certains ne semblent pas encore l’avoir réalisé, c’est pourquoi je tiens à éclaircir quelques points. Quand je dis «certains», j’inclus les citoyens, les entrepreneurs, les politiciens et toutes les autres élites de la société. En tant que peuple, nous pouvons dépasser les standards du 20e siècle pour enfin nous adapter aux incroyables possibilités du siècle actuel.
Un des principaux défis, sinon le principal, auquel l’humanité doit faire face est de s’assurer un approvisionnement suffisant et propre en énergie. Rien de moins. Déjà près de dix ans se sont écoulés ; nous n’avons plus de temps à perdre. Il faut délaisser les pratiques des années 70 et adopter celles des années 2000. À ce sujet, le Québec aurait tout intérêt à s’inspirer de l’Allemagne qui n’hésite pas à entrer de plain-pied dans le 21e siècle, et ce, à son plus grand avantage. Des alternatives existent à l’énergie hydroélectrique et à ses barrages inondant des dizaines de kilomètres de territoire. Ce n’est pas parce que notre société d’État s’appelle HYDRO-Québec que nous ne pouvons pas envisager de lui insuffler une nouvelle orientation.
La clé du développement se trouve dans les énergies éolienne et solaire, et même dans la géothermie. Nous bénéficions de sources d’énergie inépuisables ! Qu’attendons-nous pour les exploiter ? Le potentiel éolien du Nord québécois est reconnu par tous, alors pourquoi ne pas élaborer un Plan Nord fondé sur le développement de cette filiale énergétique. L’Allemagne a su implanter une capacité électrique éolienne égale à la moitié de la production québécoise tout en bénéficiant d’un potentiel beaucoup moins important. Imaginez ce que nous pourrions produire !
Le Québec dispose de la main-d’œuvre qualifiée nécessaire au développement de technologies encore plus performantes que celles déjà existantes. Cependant, il faudrait commencer par importer la technologie élaborée à l’étranger. Le Québec a les moyens de devenir un leader mondial des énergies renouvelables en investissant dès maintenant dans l’installation et le développement des énergies éolienne et solaire. Ces nouveaux secteurs ont le même potentiel à susciter l’enthousiasme que les grands barrages dans les années 70. De tels projets propulseraient le Québec à la pointe de la modernité, le prépareraient à l’autonomie énergétique et lui assureraient des sources d’énergie inépuisables et non polluantes.
De plus, Hydro-Québec ne cesse d’invoquer le fait qu’elle ne pourrait supporter plus de 10 % d’énergie éolienne dans son réseau. Cependant, l’Allemagne vise 25 % pour 2020. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant ?
Pour surmonter les défis inhérents au 21e siècle, le Québec a besoin d’une nouvelle idéologie. Le terme idéologie ne doit pas ici être entendu comme une doctrine fermée et crédule, mais bien comme un fort sentiment national en faveur de l’accomplissement de grandes idées. Seule une telle idéologie permettra de mobiliser les ressources et les énergies nécessaires pour positionner le Québec favorablement avec des projets réellement dans l’air du temps.
Ce ne sont pas les défis qui manquent. Il y a bien sûr l’énergie, mais on peut aussi penser à la création d’un réseau d’accès à Internet haute vitesse universelle pour dynamiser les régions, et à l’amélioration du réseau existant pour le rendre plus performant, car le Québec prend rapidement du retard. La révision du transport en commun constitue aussi un défi important. Les tramways, les TGV, les autobus électriques, c’est pour quand au Québec ? Bref, nous avons du pain sur la planche ! Nous avons besoin de cette nouvelle idéologie enthousiasmante qui ravivera cette envie d’entrer plus loin, plus vite et plus tôt dans le 21e siècle.
Samuel Blouin
Pour le journal web Public’action
Pour signer la pétition, visitez http://www.petitiononline.com/21siecle/ .

Août 2009
La gestion et l’école
par Samuel Blouin
Les gestionnaires envahissent progressivement les écoles. Le modèle de l’entreprise s’imprègne à celui des écoles. Bref, les écoles sont de plus en plus gérées comme des entreprises privées. Écoles primaires et secondaires, cégeps et universités, aucun n’y échappe.
Avant tout, je me dois de mentionner que je n’ai rien contre les écoles privées ni contre les gestionnaires (exception faite des purs spéculateurs et adeptes de l’exploitation de l’argent des autres). Les écoles privées peuvent bien cohabiter avec les écoles publiques. Je suis aussi d’accord pour qu’elles soient subventionnées par l’État. Cependant, leurs subventions devraient être considérablement moindres que celles accordées aux écoles publiques. Simple question d’équité.
Ce qui m’agace affecte indistinctement les écoles privées et publiques. Les écoles ne sont plus gérées par des enseignants, mais bien par des gestionnaires formés pour rentabiliser des investissements. Ainsi, les directeurs d’école se retrouvent être des mandataires des gouvernements pour rentabiliser leurs investissements dans l’éducation. Toutefois, l’éducation ne peut être considérée comme les autres investissements. Cette nécessité dans une société ne sera rentable qu’à long terme.
De plus, la société doit accepter que l’éducation ne se résume pas à développer l’employabilité pour assurer plus tard des revenus plus importants à l’État en impôt (malgré que cela soit nécessaire pour financer l’éducation). L’éducation peut et doit parfois être improductive. Les cours de littérature et de philosophie n’ont en soi rien de productifs, mais ils sont tout de même essentiels au développement de l’esprit critique, de la citoyenneté, de l’imagination et du simple plaisir. Ces valeurs se situent aux antipodes de celles généralement prônées par l’entreprise privée. L’école forme des citoyens, et non pas que des employés.
La gestion que l’on tente d’imposer à l’école en est une de productivité, d’objectifs et de contrôle des coûts. Cette forme de gestion ne convient pas à l’école, puisqu’elle est complètement déconnectée de la réalité académique et de celle des élèves. Les directeurs d’école devraient provenir du milieu académique pour leur assurer un contact avec les enseignants. Seuls ces derniers, qui ne sont malheureusement pas assez consultés, sont en contact assez étroit avec les élèves pour pouvoir estimer ce qui est réalisable pour chacun d’eux. Il n’est pas réaliste d’imposer des objectifs de résultats à un professeur.
Je comprends qu’il soit nécessaire d’établir des objectifs de «diplomation» à l’échelle nationale afin que les élus aient certaines obligations de résultats. Mais de là à traduire cela dans chaque classe, il y a une marge. Il est certain que les directeurs et les enseignants doivent tout faire pour améliorer la qualité de l’éducation qu’ils dispensent. Une plus grande qualité signifie : un meilleur contenu, le développement de l’esprit critique, des projets stimulants, l’intéressement des élèves, etc. Cela ne signifie surtout pas une baisse des exigences pour s’assurer de rencontrer les objectifs fixés par les gestionnaires et une standardisation tous azimuts pour diminuer les coûts. La diversité constitue bien plus souvent une richesse qu’un handicap.
La concurrence entre les écoles s’intensifie de sorte que certaines écoles pourraient être tentées de niveler par le bas pour accroître les résultats de leurs étudiants. Ainsi, ces écoles se retrouveraient avec un véritable avantage compétitif par rapport à leurs «rivales». Cette simple compétition entre écoles avale une part importante des budgets en publicité de toutes sortes. Cette concurrence devrait plutôt laisser sa place à une coopération entre écoles au bénéfice des élèves.
En revanche, il ne faut pas retenir de mon article que la gestion doit être exclue des écoles. La gestion demeure une discipline essentielle à l’efficacité. Les contribuables s’attendent à ce que leur argent soit bien dépensé et qu’il serve bel et bien à l’éducation (et non pas à payer de gros salaires à des gestionnaires d’école). Pour cela, des gens possédant des connaissances en gestion sont nécessaires, mais ils devraient être issus du milieu scolaire et non pas de l’entreprise privée. Je respecte également les gestionnaires du privé, mais leur réalité ne s’applique pas à l’école.
Par ailleurs, les entreprises privées s’imposent peu à peu dans la gestion des écoles par le billet de leur pouvoir financier. Dans un système en manque constant de fonds, il peut apparaître normal que les établissements d’enseignement acceptent toutes les subventions leur étant proposées. Mais à quel prix ? Accepter des fonds privés présente le risque d’une perte d’indépendance. En effet, l’entreprise privée n’accorde que rarement des dons sans rien attendre en retour (toutefois, le tableau n’est pas aussi sombre, cette réalité semble vouloir changer, lentement certes, au fur et à mesure que les entreprises réalisent la nécessité du développement durable). L’investissement du privé dans le public leur donne un droit de regard sur la gestion des établissements, même si ce droit de regard n’est parfois pas explicite. Par exemple, la Fondation André et Lucie Chagnon, la plus grosse fondation privée au Canada créée par le fondateur de Vidéotron, s’est associée au gouvernement du Québec dans sa Stratégie d’action jeunesse 2009-2014 visant à lutter contre le décrochage scolaire. Cette implication du privé dans le financement (et on peut parier que la Fondation a peut-être eu son mot à dire sur cette stratégie) d’un programme gouvernemental pose le risque d’outrepasser la volonté de la population ayant choisi démocratiquement ses décideurs. Cette Fondation peut s’impliquer dans cette stratégie simplement parce qu’elle a de l’argent. De plus, cette Fondation peut ainsi influencer les priorités des gouvernements en accordant du financement aux programmes qu’elle veut privilégier. La cause est louable, mais ce n’est pas au privé de décider quelles orientations la société doit prendre ; ce rôle est dévolu aux parlementaires choisis par la population. Donc, pour éviter ce problème, les entreprises et fondations privées devraient faire un don directement au gouvernement du Québec qui, lui, décidera à quel programme il accorde ces fonds. Cependant, ces entreprises devraient être enregistrées et leurs dons devraient être publics et contrôlés pour éviter du financement détourné à des fins partisanes.
J’ai abondamment employé l’exemple de la Fondation Chagnon, mais les incursions du privé sont beaucoup plus nombreuses dans le milieu de l’éducation. On n’a qu’à penser à toutes les fondations d’écoles financées en grande partie par des intérêts privés. Encore une fois, il est difficile de dire que nous n’accepterons plus ces dons sans priver les écoles d’importantes rentrées d’argent. Il faudrait toutefois s’assurer que ces entreprises ne puissent exercer une influence démesurée sur l’école. Déjà, si les conseils d’administration des fondations des écoles n’étaient pas composés d’autant de représentants d’entreprises, cela pourrait améliorer l’indépendance des établissements d’enseignement. Il demeure toutefois important que la communauté soit représentée dans les conseils d’administration, mais les gens d’affaires pourraient occuper un peu moins de place.
Peu à peu, l’idéologie productiviste de l’entreprise s’impose à l’école. Les entreprises font pression sur les écoles pour qu’elles forment leurs futurs employés. De telles requêtes font cependant fi de la mission première de l’école qui est, selon moi, de former des citoyens, non pas des employés.
